Ce que la Journée internationale des femmes représente pour nos professeures

Publié le jeudi 8 mars 2018

Journée internationale des femmes - professeures de common law

 

Joanne St. Lewis

En tant que professeure de droit féministe et noire, je me trouve dans une position privilégiée pour prendre la parole. Je peux ainsi contester tout excès d'optimisme qui laisserait croire que nous avons atteint notre but.

Au contraire, les femmes racisées se heurtent encore à des obstacles qui témoignent des multiples inégalités de nos vies. Nous sommes solidaires des luttes féministes pour l'égalité au travail, pour la responsabilité des auteurs de violence sexuelle et pour la représentation significative des femmes à tous les niveaux de gouvernance. Toutefois, notre parcours politique est semé d'embûches. Nous perdons espoir quand nous constatons qu'il faut souvent retrouver le corps d'une personne noire pour provoquer une discussion significative sur les lacunes du système de justice pénale. Être une femme noire, c'est être absente. Le portrait des représentants de la haute direction des universités, des cours d'appel, des dirigeants d'entreprise et de nos gouvernements nous présente rarement notre image. Le fardeau est très lourd pour les quelques femmes de minorités raciales qui ont franchi ces barrières. L'espoir réside dans la masse critique de jeunes féministes de diverses communautés qui sont prêtes à se lever et à être comptées.

 

Angela Cameron

Le fait de côtoyer au quotidien des gens inspirants qui font face à ces injustices me rappelle tout ce qu’il nous reste à faire comme chemin et tout ce pourquoi nous devons nous battre. Toutes les femmes doivent bénéficier de la garantie d’égalité substantielle de la Constitution du Canada.

Je ne peux nier le fait qu’en 2018 être une avocate d’un certain âge, à peau blanche, de classe supérieure à la moyenne et avec une bonne éducation est une belle vie.  Le fait que je sois lesbienne passe souvent inaperçu, laissant intact les privilèges que ma position dans la société m’octroient. Je suis fort bien rémunérée pour faire un travail qui me passionne dans un environnement syndicalisé, et mes connaissances, raffinées par ma fonction d’avocate, me permettent de naviguer les eaux troubles avec aisance, évitant des situations qui seraient qualifiées de sexistes par d’autres femmes. Si vous me preniez  en exemple comme étant la norme, vous pourriez dire que tout va  bien pour la femme en 2018.  

Cependant, mon expérience sert à illustrer les grandes inégalités auxquelles font face de nombreuses femmes qui n’occupent pas la même sphère sociale que moi. Elle sert à mettre l’emphase sur le fait que  ces privilèges servent à protéger certaines d’entre nous de toute forme de racisme, de capacitisme, d’âgisme, de sexisme et d’homophobie que tant d’autres femmes doivent endurer au quotidien. 

Je sais pertinemment que je représente ce qu’une femme professionnelle POURRAIT avoir l’air. Je l’apprends grâce à mes étudiants.  J’apprends des femmes qui terminent leur diplôme en droit avec une énorme dette sur le dos, qui, nous le savons, feront face au sexisme tout au long de leur carrière – elles feront aussi face à des situations d’iniquité salariale, d’harcèlement de la part de collègues et de clients, et d’embûches additionnelles au moment où elles voudront fonder une famille. J’observe l’inégalité systémique dont sont victimes les avocates des communautés ethnoculturelles, des barrières que sont le racisme et le sexisme dans la profession légale, et des avocates homosexuelles débutant une carrière qui sera semée d’embuches additionnelles que sont l’homophobie, la transphobie et autres formes d’exclusion.

 

Version intégrale : La Gazette

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