Un monde de changements, de défis et de possibilités

Publié le mercredi 12 septembre 2018

Billet de blogue

Bienvenue à toutes et à tous. Je tiens à reconnaître que nous nous trouvons sur le territoire Algonkin non cédé.  Je remercie l’Aînée Elder Claudette Commanda de nous y avoir chaleureusement accueillis.

Je vous exprime à vous toutes et tous, étudiants de la promotion de 2021, mes plus vives félicitations ! Vous avez travaillé dur pour en arriver là et ce jour représente l’aboutissement de 15 à 20 ans, voire plus encore, de travail assidu. Je vous invite à vous tourner vers votre voisin ou voisine de gauche et de droite afin de vous présenter et de vous féliciter mutuellement. J’invite maintenant les membres du corps professoral et du personnel à se joindre à moi afin de féliciter la nouvelle promotion de 2021.

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Chaque génération d’étudiantes, d’étudiants en droit comporte ses propres défis. Pour la génération d’étudiants des années 1960 et 1970, réussir à être admis à la faculté de droit était la partie facile. Mais après les vacances de Noël de la première année, un tiers de la cohorte avait abandonné. Avant la fin de la première année, on faisait comprendre à une autre grande partie de la promotion d’aller chercher leur vocation ailleurs. Seul un tiers de la cohorte initiale finissait par obtenir leur diplôme. Et pour ceux et celles qui avaient réussi cet exploit, la vie allait ensuite se résumer à ce schéma : un stage en droit qui menait ensuite à un emploi en droit, dans un cabinet juridique pour la plupart, et ainsi la réussite professionnelle était quasiment assurée. La faculté de droit était une sorte de version juridique de « Survivor ».

Ce schéma traditionnel a commencé à évoluer à la fin des années 1970. La cohorte a augmenté, il est ainsi devenu moins facile d’entrer en droit, mais aussi plus difficile d’y échouer. À l’époque, les perspectives d’emploi étaient encore excellentes pour les diplômés.

Jusqu’au début des années 2000, un bel équilibre régnait entre le nombre d’étudiants en droit en Ontario et le nombre de postes de stages en droit dans la province.  

Ce monde n’existe plus. Le paysage juridique a radicalement changé et nous devons – et vous aussi – nous y adapter.

Nous sommes au cœur de changements importants qui agitent l’ensemble de la profession juridique canadienne. Il y a quelques années, l’ancien trésorier du Barreau de l’Ontario, Tom Conway, diplômé de cette faculté de droit et avocat exerçant à Ottawa, avertissait nos étudiants en droit que nous avions assisté à davantage de changements au cours des 20 dernières années que pendant les 200 années précédentes.  Et il avait raison.

La profession juridique continue de vivre une période de grands bouleversements transformateurs et nous devons évoluer au même rythme. Nous devons nous adapter.

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Vous êtes sur le point d’entamer un parcours particulièrement excitant. À plusieurs égards, aujourd’hui sonne le début de votre cheminement professionnel, de votre future carrière. Il y a près de 75 ans, Roscoe Pound, le doyen de la Harvard Law School, définissait ainsi l’essence du professionnalisme : « exercer un art, un métier dans l’optique d’une vocation commune et guidé par un esprit de service public. »  D’aucuns ont depuis extrapolé à partir de cette définition mais ces mots n’en restent pas moins pertinents de nos jours.

Nous sommes en effet engagés à apprendre « l’art » du droit mais nous sommes aussi ancrés dans le droit en ce sens qu’il fait partie d’un ensemble plus vaste, de la société dans son ensemble, en tant que service à la communauté. Et nous, en tant que membres de la Section de common law, puis de la profession juridique, faisons partie de cette vocation commune.

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Je suis devenu doyen de cette faculté le 1er janvier 2018.  Vous constituez donc ma première cohorte d’étudiants et j’aurai de ce fait toujours un lien spécial avec vous toutes et tous, étudiantes et étudiants de la promotion de 2021. En préparant cette allocution, j’ai sollicité des conseils via Twitter et plus particulièrement ce que tout nouvel étudiant en droit à l’Université d’Ottawa devrait savoir.

J’ai reçu beaucoup d’excellentes réponses et je vous invite à les consulter (@ADodek). Un diplômé rappelait à cet effet un conseil que l’ancien doyen Bruce Feldthusen leur avait donné une dizaine d’années : votre réputation est le seul véritable bien que vous possédiez et qui vous accompagnera tout au long de votre carrière. 

Les personnes qui vous entourent aujourd’hui et les condisciples qui seront les vôtres cette année et au cours des trois prochaines années deviendront vos collègues au barreau et également vos clients. Ce sont ces personnes qui vous confieront du travail et qui vous recommanderont à leur tour.  Qui vous serviront de références. Qui vous embaucheront. Ou non. Alors, tâchez dès à présent de bâtir, d’entretenir et de préserver votre réputation que vous devez considérer comme votre atout professionnel le plus précieux.

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Ici, à la Section de common law de l’Université d’Ottawa, ce qui nous distingue c’est le fait que nous concentrions nos efforts sur trois éléments essentiels : l’excellence, le leadership et la communauté.
Nous nous illustrons déjà dans maints domaines et nous devons sans cesse viser l’excellence.  Vous aurez la chance que ce soient des membres primés du corps professoral et des juristes qui ont excellé dans leur profession qui vous enseignent.

La distinction fondamentale cependant est le leadership. Les membres de notre corps professoral et nos diplômés sont reconnus comme des leaders dans leurs domaines respectifs. En montant au 3e étage du pavillon Fauteux, si vous examinez les membres de la Société honorifique de common law, vous constaterez que nos diplômés œuvrent  en droit, en affaires, au gouvernement, en technologie, dans des organisations internationales et dans le secteur à but non lucratif. On y retrouve des juges de la Cour suprême, des politiciens, des premiers ministres, des hauts fonctionnaires, des intervenants communautaires, des activistes et éducateurs autochtones, des entrepreneurs, des avocats et des représentants de la Coupe Stanley. La déduction évidente est que le fil conducteur qui unit nos diplômées et diplômés est le leadership.

Chacun, chacune d’entre vous a le potentiel de devenir un ou une leader, quelle que soit la voie que vous choisissez : que vous décidiez d’exercer en pratique privée, de devenir entrepreneur, activiste social ou politicien, politicienne.

Comme Julia Hanigsberg le disait : « Quelle que soit la direction que votre carrière emprunte, votre diplôme en droit vous fournira toujours l’outil le plus utile et puissant que vous puissiez utiliser » .  Mme Hanigsberg a été avocate, fonctionnaire, chef de cabinet du procureur général de l’Ontario, vice-rectrice d’une Université et elle occupe actuellement les fonctions de présidente et PDG du Holland Bloorview Kids Rehabilitation Hospital à Toronto. C’est une leader et elle a également été une formidable mentor pour moi.

Et finalement, il y a la communauté. Quoi que nous fassions, qu’il s’agisse d’excellence et de leadership, nous devons ancrer nos actes dans nos valeurs de justice sociale, de bilinguisme, d’égalité, de diversité et d’inclusion ; de féminisme ; et d’engagement envers la réconciliation. 
Nous venons de nos communautés et nous y sommes ancrés.  Nous sommes une Faculté engagée. Nous ne considérons pas le droit comme un sujet d’études abstrait. Le droit consiste en l’exercice d’un pouvoir sur la vie d’autrui. Cet outil qu’est le droit peut être un moyen d’améliorer la vie d’autrui, mais cela peut être aussi un outil d’oppression. Notre défi consiste à trouver des moyens de mettre le droit au service des gens en cherchant à améliorer leur vie.
Excellence.   Leadership.  Et communauté.  Voilà ce que nous sommes et ce qui nous unit ici à l’Université d’Ottawa.

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J’aimerais conclure avec quelques conseils à votre intention, vous les étudiantes et étudiants de la promotion de 2021 et futurs membres de la profession juridique :

  1. Soyez vous-même – car c’est ce qui vous amenés ici.
  2. Profitez de tous les avantages que la faculté de droit a à vous offrir. Je doute qu’une autre faculté de droit offre dans ce pays autant de conférences, de stages et d’activités étudiantes aussi passionnants.
  3. Profitez de tous les avantages que l’Université a à vous offrir. Je recommanderais aux étudiants du Programme anglais de prendre un cours en français, de suivre un programme d’immersion française au Québec pendant un été, cela ne pourra qu’élargir l’éventail de vos perspectives professionnelles. Je puis en attester personnellement !
  4. Profitez de tous les avantages qu’Ottawa a à vous offrir tant en termes de centre juridique qu’en tant que capitale nationale. Ce jeudi, d’ailleurs, une réception sera organisée à la Cour suprême du Canada, ce qui vous permettra de découvrir ce qu’Ottawa peut offrir à des étudiantes et étudiants en droit comme vous.
  5. Prenez soin de vous
  6. Entraidez-vous
  7. Tâchez de vous surpasser et investissez en vous-même
  8. Suivez votre passion et écoutez votre cœur et non la foule.
  9. Soyez modeste
  10. Et, dernière chose, tâchez de vous amuser ! Le droit peut être une grande source d’épanouissement et de découvertes et nous n’aimons rien tant qu’entendre des rires résonner dans les couloirs de Fauteux !

Entrer à la faculté de droit est une des expériences les plus excitantes qui soient, alors passez outre son aspect intimidant et foncez ! Je vous souhaite la bienvenue au sein de la communauté de common law à l’Université d’Ottawa !

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