Un hommage à David W. Scott, O.C., c.r., LL.B. 1960 (1936-2019)

Publié le jeudi 28 mars 2019

Billet de blogue

Adam Dodek
Publié le jeudi 28 mars 2019

Le 21 mars 2019, nous avons perdu un géant du barreau, un fier et loyal diplômé de common law et un ami cher à nos cœurs. David Scott s’est éteint à Ottawa à la suite d’une hospitalisation soudaine. Je regrette de n’avoir pas eu la possibilité de rendre visite à David à l’hôpital ou de lui dire à quel point il comptait pour notre faculté de droit, pour notre profession et pour moi. J’en suis donc réduit à lui offrir ces quelques mots aujourd’hui.

David a été le tout premier diplômé de common law, au sens propre comme au figuré. Il a en effet été admis dans la cohorte inaugurale de la Section de common law en 1957 et a obtenu son diplôme trois ans plus tard, devenant ainsi l’un de nos premiers diplômés. À l’époque, il faut rappeler que le doyen Thomas Feeney menait une dure campagne aux étudiants et nombre d’entre eux, de la génération de David, ceux que je me plais à appeler les « Fondateurs », ont renoncé au droit ou se sont fait mettre à la porte par le doyen Feeney.

La carrière de David est aussi longue que l’existence de notre faculté de droit depuis ses débuts. La faculté de droit a grandi au même rythme que prospérait la carrière de David et ce dernier a toujours entretenu de solides relations avec ce qu’il appelait « sa » faculté de droit.  Il y a d’ailleurs enseigné un cours sur les techniques de plaidoirie pendant près de 15 ans au cours des années 1970 et 1980. Il a en outre reçu un doctorat honorifique de l’Université en 2001 et lorsqu’il a créé la Société honorifique de common law en 2003 afin de reconnaître la contribution de nos diplômés les plus distingués, David en a été nommé membre fondateur. 

Et il va sans dire qu’il l’était. David personnifiait en effet les valeurs mêmes de la Société honorifique de common law : « Les femmes et hommes nommés à cette Société par leurs pairs ont fait de leur formation juridique le tremplin de leurs réalisations et de leurs succès professionnels remarquables. Chacun d’entre eux incarne les valeurs que sont le leadership, l’excellence et la communauté, caractéristiques de la Faculté de common law. »

J’ai eu le privilège d’avoir David comme collègue, mentor, ami et supporter durant l’intégralité de ma carrière juridique au Canada. En 2000, j’étais un jeune auxiliaire juridique à la Cour suprême du Canada quand j’ai commencé à chercher des emplois à Toronto et j’ai eu une offre d’entrevue chez BLG.  Le téléphone a sonné et une voix inoubliable m’a salué : « Bonjour Adam. David Scott à l’appareil. J’aimerais vous inviter à déjeuner au Rideau Club ». Il m’a dit cela de la manière la plus naturelle du monde. J’oublie de quoi nous avons discuté pendant ce repas, ce dont je me souviens par contre, c’est à quel point David a réussi à me mettre à l’aise, comme il le faisait avec la plupart des gens. Il s’est intéressé à moi et m’a traité en collègue, même si je n’avais rien fait pour mériter une telle marque de respect.

Le droit est par nature hiérarchique et les grands cabinets juridiques le sont tout particulièrement, mais pas David Scott. De temps à autre, pendant mon séjour chez BLG, David m’appelait d’Ottawa pour me demander – moi, modeste avocat à Toronto – de travailler sur un dossier. D’aucuns auraient délégué un tel travail mais David ne fonctionnait pas ainsi.

En 2008, lorsque je me suis joint à la Faculté de droit, David m’a accueilli à Ottawa en m’exprimant sa grande joie que je fasse partie de « sa » faculté de droit. Au cours de la décennie qui a suivi, j’ai souvent discuté avec David de ses passions : l’accès à la justice, les services pro bono, la formation des futurs juristes, et bien sûr, de la salle d’audience Ian Scott. David était extrêmement fier de son frère aîné, l’ancien procureur général de l’Ontario, Ian Gilmour Scott. David a réussi à persuader bon nombre des amis et anciens collègues de Ian à Toronto de contribuer à la construction de la salle d’audience dédiée à Ian Scott au sein de « sa » faculté de droit, c’est-à-dire Ottawa. David était un visionnaire et sa vision consistait à installer une salle d’audience fonctionnelle – et non un tribunal-école – afin que les étudiants puissent observer de près, en direct, le déroulement d’audiences de cas réels avec des avocats et des juges pour ensuite les commenter. Nous appelons cela de l’apprentissage expérientiel (pour les étudiants) mais David y voyait également de grands avantages pour les juges et les avocats. Il avait une vision de l’accès à la justice et de l’intérêt public qui était aussi forte qu’indéfectible.  

David était fier de son alma mater et lui en était aussi très reconnaissant, j’estime cependant qu’il nous a donné tellement plus, à nous tous, à nos étudiants que ce que nous avons pu lui offrir.

David m’a aidé à lancer ma carrière et m’a donné son appui à chaque étape de mon cheminement professionnel. Je ne pourrai jamais lui exprimer à quel point son appui a compté pour moi, tout ce qu’il signifiait. Pour rendre hommage à David, tout ce que je puis faire est de me montrer à la hauteur de ses valeurs en tant que membre de la profession juridique et leader de « sa » faculté de droit. 

Merci, David.

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