Allocution du doyen Dodek à l’occasion son installation à titre de doyen le 18 janvier 2018

Publié le jeudi 18 janvier 2018

Billet de blogue

Madame la juge Charron : je vous remercie pour cette très généreuse et chaleureuse présentation. Vous êtes un joyau sur la couronne de la common law.  Les noms « Fauteux »1, « Bastarache »2, « Charron »3 et maintenant « Wagner »4 sont des géants de la jurisprudence associés à la Faculté de droit.

J’aimerais également remercier l’Aînée Claudette Commanda et l’Aînée Verna McGregor de la Nation algonquine de m’avoir accueilli ainsi que nous toutes et tous, non seulement sur leur territoire mais au sein de leur collectivité également.   Cette cérémonie a été tout à fait spéciale et incroyablement émouvante pour ma famille et moi. Je sais que cet événement sera le sujet de moult discussions dans notre foyer pendant longtemps et je vous en remercie.

Nous nous trouvons sur un territoire Algonquin non cédé. Cela nous donne l’occasion d’apprendre de notre communauté autochtone tout en participant activement au projet de réconciliation. Ainsi, cette déclaration de réconciliation est non seulement symbolique, mais elle est en outre une déclaration de notre engagement à la réconciliation en tant que valeur fondamentale de cette faculté de droit. Elle nous guide dans ce que devra être l’avenir de cette faculté.

Et ce futur sera ancré dans notre passé. La conférence Feeney Lecture nous remémore notre passé, soit la fondation de la Faculté de droit par le juge Gérald Fauteux qui, en 1957, a confié l’enseignement de la common law en anglais à un jeune Néo-Brunswickois dénommé Thomas Feeney. Vingt ans plus tard, sous la direction du doyen Bert Hubbard, le Conseil de Faculté a approuvé l’enseignement de la common law en français, à titre d'essai pendant deux ans.

C’était en 1977 ! L’année dernière, le programme de common law en francais célébrait son quarantième anniversaire grâce à l’élan de soutien de la part des professeurs, des diplômés, des étudiants et des membres de la communauté juridique tels que l’AJEFO (Association des juristes d’expression française de l’Ontario).

Je me tiens devant vous ce soir comme un pont entre ce glorieux passé et ce futur qui, nous l’espérons, sera encore plus glorieux pour la common law. On me demande souvent quelle est ma vision pour la Faculté. C’est ce que je m’apprête à faire au cours des prochaines minutes.

Selon moi, quand nous parlons de « vision », il est question de l’avenir de la faculté, lequel doit se fonder sur ce que je vois maintenant.

Et voici ce que je vois :

Je me vois comme le responsable de quatre composantes inter-reliées, soit les étudiants, les professeurs, le personnel et les diplômés.

Je vois que ces quatre groupes font partie intégrante de la communauté de la common law, laquelle est entourée par les autres communautés que sont l’Université d’Ottawa, la profession juridique et le grand public.
Je vois que la profession juridique est sous pression et en fluctuation. J’y décèle de la concurrence, des changements et de l’incertitude.

Quand je regarde nos étudiants, je vois un groupe incroyablement divers et talentueux qui reflète davantage la diversité du Canada que celle de la profession juridique.

Je vois des étudiants pleins d’énergie et de créativité, engagés envers la justice sociale et prêts à se soutenir les uns les autres.
Je vois leur idéalisme, et leur désir d’utiliser le droit pour améliorer la société.

Notre défi consiste à les appuyer dans cette cause et dans cet élan.

L’emplacement.  Oui, nous sommes dans un bâtiment qui n’est plus à son apogée et qui amène son lot de défis.

Mais, si l’on regarde au-delà de l’espace physique pour se concentrer sur notre emplacement géographique, l’on se rend compte de notre situation exceptionnelle, au cœur même de la capitale nationale, la capitale d’un pays du G-8, à quelques pas de la Colline du Parlement et de la Cour suprême du Canada.

Je vois un corps professoral composé de chefs de file à l’échelle nationale et mondiale dans de multiples domaines. Déjà, être en mesure d’accomplir 2 ou 3 choses est assez exceptionnel, mais les leaders de la Section de common law s’illustrent dans de nombreux domaines :

Le droit autochtone ;
La résolution des différends ; et
Le droit de l’environnement ;

Mais ce n’est pas tout :

Le droit de la santé ;
Le droit de l’immigration et des réfugiés ; et
Le droit international et du commerce international ;

Et il y a plus encore !

Le droit et la technologie ;
Le droit public ; et
La justice sociale.   

Mon épouse trouve que cette liste est trop longue et elle a raison. Le problème c’est que c’est vrai. Il ne s’agit pas de propos exaltés d’un doyen qui vante ses professeurs et s’efforce de les mettre de l’avant.

Nos professeurs dans ces domaines ont été reconnus par leurs pairs à l’échelle nationale et internationale. lls et elles ont d’ailleurs obtenu des chaires de recherche et de nombreux prix prestigieux, dont l’Ordre du Canada, l’Ordre de l’Ontario, la médaille du Barreau et ils ont été nommés membres de la Société royale du Canada.

Je vois en outre que la Section de common law est la meilleure faculté de droit du pays pour les femmes. Plus de 50 % de notre corps professoral est composé de femmes et ce, depuis plus d’une décennie. Sur 9 chaires de recherche, sept d’entre elles ont des professeures pour titulaires, notamment la chaire Shirley Greenberg pour les femmes dans la profession juridique. Plus de 60 % de nos étudiants sont des femmes et elles sont à l’origine d’importants programmes comme, par exemple, le Programme de mentorat en droit auprès des femmes. 

Lorsqu’il est question de nos diplômés, je les vois exerçant aussi bien dans le secteur privé que le secteur public mais également dans divers domaines en dehors du droit. Lorsque je m’attarde sur les diplômés les plus accomplis, eux et celles qui ont notamment été intronisés à la Société honorifique de common la, dont beaucoup sont ici ce soir, je me demande ce qui les unit ? 

Parmi nos diplômées et diplômés, on retrouve des juges de la Cour suprême, des politiciens et des fonctionnaires. Nous avons aussi des intervenants communautaires, des activistes et éducateurs autochtones. Et aussi des entrepreneurs, des avocats et des représentants de la Coupe Stanley. La déduction évidente est que le fil conducteur qui les unit est le leadership.

C’est ce qui m’amène à ma vision pour la Faculté de droit, que je souhaite vous résumer assez vite de sorte que nous puissions passer à la partie plus substantive de cette soirée.

Ma vision pour la common law consiste donc à se concentrer sur le leadership. Je crois que, peu importe ce que nos étudiants font, qu’ils et elles exercent en pratique privée, deviennent associés principaux dans un cabinet juridique international, entrepreneurs, activistes en matière sociale ou politiciens, chacun, chacune est un ou une leader.
Nous devrions donc nous concentrer davantage sur cette idée de leadership en termes de recrutement, d’éducation et de programmes.

Mais nous aussi en tant que professeurs, nous devons être des leaders. Certes, nous continuerons d’être des leaders en recherche, en enseignement et en engagement public. Mais nous deviendrons également des leaders en matière de formation juridique. 

Ma vision n’est rien de moins que le projet de transformer l’expérience de la faculté de droit et de faire en sorte que la Section de common law à l’Université d’Ottawa soit Votre Faculté pour la vie, en créant des relations pérennes entre la faculté de droit et ses diplômés. Beaucoup d’entre vous êtes ici justement parce que vous entretenez déjà ce type de relation. Vous avez déjà donné tellement à votre faculté de droit tout au long de votre carrière.

Ma vision consiste à promouvoir la tradition de l’excellence et de la faire rayonner en accord avec nos valeurs fondamentales, que sont :

  • la justice sociale
  • le bilinguisme
  • l’égalité, la diversité et l’inclusion
  • le féminisme et
  • la réconciliation    

Excellence, leadership et communauté : tel a toujours été notre mantra à la Section de common law et il devrait le demeurer.
Je vous remercie toutes et tous pour votre engagement au sein de la communauté de common law. J’espère que vous vous joindrez à moi pour faire en sorte que la Faculté de droit devienne un chef de file dans son domaine au Canada et à l’échelle internationale.
Merci.


1. L’honorable Gérald Fauteux a été juge de la Cour suprême du Canada et le fondateur de la faculté de droit de l’Université d’Ottawa en 1953, qui à l’époque n’était qu’une faculté de droit civile. Il a continué à agir en qualité de juge de la Cour suprême du Canada et doyen de la Faculté jusqu’en 1962. En 1970, le juge Fauteux a été nommé juge en chef du Canada.  https://en.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rald_Fauteux

2. L’honorable Michel Bastarache a obtenu son LL.B. de l’Université d’Ottawa en 1978 et occupé les fonctions de doyen adjoint du Programme français de 1984 à 1987. Il a été juge de la Cour suprême du Canada de 1997 à 2008. Il est membre de la Société honorifique de common law.

3. L’honorable Louise Charron a obtenu son LL.B. de l’Université d’Ottawa en 1975 et a enseigné la faculté de droit de l’Université d’Ottawa avant d’être nommée à la magistrature en 1988. Elle a été juge de la Cour suprême du Canada de 2004 à 2011. 

4. Le très honorable Richard Wagner est devenu juge en chef du Canada le 18 décembre 2017. Il a obtenu son B. Soc. Sc. et son LL.L. de l’Université d’Ottawa en 1978.  Il a été nommé juge de la Cour suprême du Canada en 2012.

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